Analyse de l’investissement locatif au Sénégal : Entretien avec Mohamed Lamine Sarr, Président de la section immobilière de l'ONES
La rédaction du Magazine Immobilier Sénégal s'est entretenue avec M. Mohamed Lamine Sarr, Expert immobilier agréé et Président de la Section Immobilière de l'ONES sur les différentes dimensions de l'investissement locatif au Sénégal.
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MIS : Quels sont les principaux indicateurs financiers et économiques à prendre en compte pour évaluer la rentabilité d’un investissement locatif ?
MLS : Pour apprécier la rentabilité d’un investissement immobilier locatif, il est indispensable de prendre en compte un certain nombre d’indicateurs financiers et économiques :
Le rendement brut
Souvent appelé rendement total ou rendement global il inclut tous les revenus générés par l’investissement. C’est une mesure financière qui indique le gain total réalisé sur un investissement par rapport au montant total investi.
Dans le cadre d’un investissement immobilier, il se détermine par le rapport entre les loyers annuels bruts et le prix d’achat du bien. Il donne une première idée de la rentabilité, bien qu’il ne prenne pas en compte les charges.
Le rendement net
Il permet d’obtenir une vision plus réaliste de la rentabilité effective de l’investissement, en soustrayant l’ensemble des charges (impôts, charges de copropriété, travaux, etc.) au rendement brut.
Le taux de rentabilité interne (TRI)
Le taux de rentabilité interne, calcule un taux qui rend la somme des valeurs actualisées des flux de trésorerie nets nuls et permet de comparer différents investissements.

D’autres indicateurs doivent également être considérés, tels que le prix au m2, qui permet de comparer le prix d’achat du bien avec les prix du marché afin de s’assurer de faire une acquisition au juste prix. Il est aussi important d’évaluer le loyer au m2, pour vérifier si le loyer perçu est en adéquation avec ceux pratiqués dans le secteur. Les charges locatives doivent aussi être estimées, car elles impactent la rentabilité nette. La taxe foncière constitue une autre charge annuelle à prendre en compte. La durée de location dans le secteur est également un facteur clé, car permettant d’estimer la fréquence des périodes de vacance locative.
Sur le plan économique, plusieurs facteurs influencent la rentabilité de l’investissement.
Enfin, le potentiel de plus-value doit être étudié pour estimer l’évolution des prix immobiliers dans la zone et évaluer la possibilité de réaliser une plus-value lors de la revente.
Sur le plan économique, plusieurs facteurs influencent la rentabilité de l’investissement, notamment les taux d’intérêt, qui affecte le coût de l’emprunt, la politique fiscale et la conjoncture économique générale, impactant la demande locative et les prix de l’immobilier.
Il existe également de nombreux outils en ligne permettant de simuler la rentabilité d’un investissement immobilier et de comparer différentes offres.
Mais enfin, il est conseillé de diversifier ses investissements pour ne pas prendre de risques excessifs, et de se faire accompagner par un professionnel tel qu’un conseiller en gestion de patrimoine ou un expert immobilier agréé, pour faire les bons choix et optimiser la rentabilité.
En prenant en compte l’ensemble de ces éléments, vous serez en mesure d’évaluer de manière plus précise la rentabilité de votre investissement immobilier locatif et de prendre une décision éclairée.
MIS : Quelles stratégies d’optimisation fiscale recommandez-vous aux investisseurs locatifs pour maximiser leurs revenus nets ?
MLS : L'optimisation fiscale immobilière est une stratégie essentielle pour maximiser la rentabilité des investissements. C’est une démarche assez complexe qui exige une approche personnalisée et l’accompagnement d'experts pour en tirer pleinement profit. Elle repose sur des dispositifs fiscaux d’incitation mis en place par les gouvernements pour encourager les investissements dans des secteurs prioritaires comme l’immobilier, moteur du développement urbain et social. En réduisant les charges fiscales, ces mécanismes stimulent l’activité économique et incitent les investisseurs à d’avantage s’engager dans des projets structurants.
Au Sénégal, l’État a instauré plusieurs mesures attractives, notamment dans le cadre du programme des 100 000 logements, visant à améliorer l’accès au logement et à dynamiser le secteur immobilier. Parmi ces dispositifs figurent :
- Réductions fiscales pour logements sociaux : Allégement fiscal pour les logements sociaux, qui offre des réductions sur les taxes foncières et les revenus locatifs pour les investisseurs dans ce type de projets tout en encourageant l’acquisition de biens immobiliers pour les ménages modestes.
- Déductions fiscales pour rénovations : Les propriétaires effectuant des rénovations peuvent bénéficier de déductions fiscales sur les coûts engagés, ce qui favorise la préservation et la valorisation des biens immobiliers. Par ailleurs, les incitations pour l’installation d’équipements durables ou d’énergies renouvelables permettent de réduire les charges énergétiques.
- Incitations pour promoteurs immobiliers : Réduction de 50% de l’impôt sur les sociétés, suspension de la TVA sur les matériaux de construction et travaux, exonération des droits de douane, et allègement des droits d’enregistrement pour l’acquisition de terrains.
- Enfin, les coopératives d’habitat offrent la possibilité de mutualiser les coûts de construction et d’acquisition foncière, ce qui constitue une option intéressante pour les petits investisseurs.
Il est crucial de mettre en place des mécanismes de suivi pour éviter les abus, tels que la spéculation foncière ou le détournement des avantages fiscaux.
Une gestion transparente et équitable des incitations est essentielle pour garantir que les ménages les plus modestes soient les principaux bénéficiaires.
Pour réussir une optimisation fiscale, il est recommandé de :
1) Faire un état des lieux de sa situation financière et patrimoniale
2) Comparer les différentes solutions disponibles en tenant compte de
leurs avantages et limites
3) Simuler les impacts financiers des dispositifs choisis pour éviter les surprises
4) S’appuyer sur l’expertise d’un conseiller fiscal et d’un professionnel de l’immobilier
Il est conseillé de diversifier ses placements pour réduire les risques, de prévoir une marge budgétaire pour les imprévus et de rester informé des évolutions législatives.
Ces stratégies doivent néanmoins être adaptées à chaque situation. La nature du bien (neuf, ancien, meublé ou non meublé), la zone géographique et l’évolution de la législation fiscale sont des facteurs déterminants. Une analyse approfondie de la situation personnelle de l’investisseur (revenus, patrimoine, objectifs) est également essentielle.
Par ailleurs, la fiscalité ne doit pas être le seul critère d’investissement. D’autres éléments, comme la rentabilité locative, les risques liés à la vacance locative ou aux impayés, et la gestion du bien, doivent être pris en compte. De plus, il est conseillé de diversifier ses placements pour réduire les risques, de prévoir une marge budgétaire pour les imprévus (notamment les travaux) et de rester informé des évolutions législatives.
MIS : Quels sont les risques spécifiques à anticiper pour un investisseur locatif, et quelles stratégies recommandez-vous pour les atténuer ?
MLS : L’investissement locatif, bien que prometteur, s’accompagne de nombreux risques qu’il est essentiel d’identifier, d’anticiper et de gérer efficacement pour garantir sa rentabilité et protéger son patrimoine. Ces risques se répartissent en quatre grandes catégories : ceux liés au bien immobilier, à la location, à la gestion, et aux aléas économiques. Une préparation minutieuse et des stratégies adaptées permettent de minimiser leur impact.
1. Risques liés au bien immobilier
La dépréciation constitue un des principaux risques. Avec le temps, la valeur d’un bien peut diminuer en raison de l’usure, de l’obsolescence ou d’une baisse des prix immobiliers dans la région. Ce risque est accentué si le bien est mal situé ou dans une zone peu dynamique. Pour y remédier, il est essentiel de privilégier des biens dans des zones à fort potentiel de croissance, bien desservies et dotées de commodités. Par ailleurs, la réalisation de travaux d’entretien réguliers contribue à maintenir, voire augmenter, la valeur du bien.
Les catastrophes naturelles, telles que les inondations, les incendies, peuvent engendrer des coûts élevés de réparation et affecter l’usage du bien. Souscrire une assurance multirisques habitation adaptée est indispensable. De plus, il est conseillé de choisir des biens situés dans des zones à faible risque naturel, après une analyse des caractéristiques géographiques.
2. Risques liés à la location
Vacance locative
Une période de vacance locative, durant laquelle le bien reste inoccupé, représente une perte financière significative. Cela peut résulter d’un loyer trop élevé, d’une présentation peu attractive du bien, ou d’un marché locatif saturé. Pour limiter ce risque, il convient de fixer un loyer compétitif par rapport au marché local, de soigner les annonces (photos de qualité, description complète) et de répondre rapidement aux demandes des locataires potentiels.
Impayés de loyers
Les loyers impayés sont une autre source de difficulté pour les investisseurs. Cela peut entraîner des problèmes de trésorerie, notamment si le bien est financé par un prêt immobilier. La sélection rigoureuse des locataires, basée sur des critères tels que la solvabilité et la stabilité de leur situation financière, est cruciale. Exiger des garanties solides, comme une caution ou un garant, et souscrire une assurance loyers impayés sont des solutions efficaces pour réduire ce risque.
Dégradations
Les locataires peuvent parfois endommager le bien, nécessitant des réparations coûteuses. Pour se prémunir, il est indispensable de réaliser des états des lieux d’entrée et de sortie détaillés, accompagnés de photos. Une caution suffisante permet également de couvrir une partie des frais en cas de dégradations.
3. Risques liés à la gestion
La gestion d’un bien locatif demande du temps, des compétences et une connaissance approfondie des aspects juridiques, techniques et fiscaux. Une gestion inefficace peut nuire à la rentabilité de l’investissement. Les investisseurs qui manquent de temps ou d’expertise peuvent faire appel à un gestionnaire locatif professionnel, qui se charge de l’administration quotidienne du bien. Ceux qui souhaitent gérer eux-mêmes doivent se former aux bases de la gestion locative pour éviter les erreurs.
Les évolutions réglementaires et fiscales constituent également un défi. Les lois encadrant la location, tout comme les règles fiscales, peuvent changer fréquemment, affectant directement la rentabilité. Un accompagnement par des conseillers fiscaux ou juridiques permet de rester informé et de s’adapter rapidement à ces changements.
4. Autres risques
Marché immobilier
Les fluctuations du marché immobilier, telles qu’une hausse des taux d’intérêt, une crise économique ou un ralentissement de la demande locative, peuvent réduire la rentabilité d’un investissement. Une analyse approfondie du marché, incluant des prévisions économiques et démographiques, aide à prendre des décisions éclairées.
Travaux imprévus
Les travaux de rénovation ou d’entretien peuvent dépasser le budget initialement prévu, en raison d’imprévus techniques ou d’une mauvaise planification. Il est conseillé de prévoir une marge de sécurité dans le budget et de s’appuyer sur des professionnels compétents pour estimer les coûts.
Conseils pour optimiser un investissement locatif
1) Diversifier son patrimoine : Ne pas concentrer tous ses investissements dans un seul type de bien ou une seule région permet de répartir les risques.
2) Se former : Acquérir des connaissances solides en gestion locative, fiscalité immobilière et analyse du marché est essentiel.
3) S’entourer de professionnels : Notaires, avocats, conseillers fiscaux et gestionnaires locatifs apportent une expertise précieuse pour sécuriser et optimiser les investissements.
4) Prévoir une stratégie à long terme : L’immobilier est un investissement à horizon moyen ou long terme. Il est crucial de définir des objectifs clairs et de planifier les étapes pour les atteindre.
En somme, l’investissement locatif peut offrir des rendements attractifs et constitue une excellente stratégie de constitution de patrimoine, à condition d’être bien préparé. Identifier et anticiper les risques, mettre en œuvre des stratégies adaptées et s’appuyer sur des experts permettent de limiter les impacts négatifs et de maximiser la rentabilité. Une gestion rigoureuse et une vision à long terme sont les clés du succès dans ce domaine.
MIS : Pensez-vous que le modèle de Gordon-Shapiro souvent utilisé pour évaluer la valeur des actifs basés sur les dividendes futurs ou le modèle DCF (Flux de trésorerie actualisés) sont adaptés au marché immobilier sénégalais ?
MLS : Le modèle de Gordon-Shapiro et le modèle DCF (Flux de trésorerie actualisés) constituent de puissants outils d’évaluation d’investissements reposant sur la valorisation des flux de trésorerie futurs actualisés. Bien qu’ils puissent être utilisés pour évaluer un investissement immobilier, leur application sur le marché Sénégalais nécessite plusieurs ajustements en raison des spécificités locales.
En premier lieu dans le domaine de l’immobilier ces modèles reposent sur des hypothèses fortes tels que :
• La Projection des cash-flow
• La croissance des loyers
• Le taux d’actualisation
• La somme des valeurs actuelles
• La durée de détention du bien.
En définitive, on estime la valeur actuelle de tous les loyers futurs en tenant compte de leur échéance et d’un taux d’actualisation.
Dans le contexte économique sénégalais marqué par une certaine volatilité, ces paramètres sont difficiles à estimer avec précision. Par ailleurs, le caractère unique de chaque bien immobilier comme l’emplacement, l’état, la qualité de construction, limite leur capacité à refléter pleinement la réalité.
Ensuite, le marché immobilier sénégalais, encore en développement, présente des défis supplémentaires. L’absence de données fiables sur les transactions, les particularités réglementaires et fiscales, ainsi que des infrastructures juridiques parfois complexes rendent l’application de ces modèles plus difficile. En outre, certains risques spécifiques au Sénégal, comme les risques politiques, naturels ou ceux liés à la construction, ne sont pas pris en compte dans leur cadre standard.
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Propos receuillis par la Rédaction